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08/10/2010

e pericoloso sporgersi suite 4

E pericoloso sporgersi

Ch 4

 

Le train  des soldats américains s'en va et nous, en gare du Teil nous nesavons plus quoi faire?

La grosse locomotive sembla soupirer d’être obligée de partir. Dans un grand psch….. de vapeur brûlante, les énormes roues se mirent à tourner. Le mécanicien déclencha un coup de sifflet d’adieu  dont l’écho se répercuta  sous la voûte et le convoi  se mit en branle pour le Nord de la Vallée du Rhône où d’autres paysages dévastés les attendaient.

En ce printemps 1945, la bombe atomique, la première, et, heureusement- jusqu’en 2010 au moins- l’unique utilisation de cette arme de destruction massive,  n’avait pas encore détruit Hiroshima au Japon et du coup mis vraiment fin à la guerre mondiale. En 2010, on célébrait justement son 65 ème anniversaire et l’on avait pu en mesurer les effets terribles et les séquelles effrayantes.

Cependant,  le 8 mai 1945, presqu’un an après le débarquement en Normandie,  la capitulation de l’Allemagne en Europe et donc, la victoire alliée, avait été signée. En 2010 on jouissait encore du cadeau d’un jour férié, bien utile avec  son compère, le 1 er mai, fête du travail, pour calculer les ponts pour partir en vacances.

En 1945, la guerre, que s’étaient livrés les pays de l’Axe Berlin-Rome-Tokyo  et les alliés de la France, européens-américains et asiatiques, avaient largement endommagé l’Europe, et en particulier la France. Outre les dégâts matériels à réparer, les ponts entre autres, qui ne servaient alors qu’à traverser les rivières,  la France héritait d’un conflit d’idéologie entre Pétainistes (les collabos, la milice, ceux qui avaient fraternisé avec les allemands, en fait, tout ceux qui avaient d’une manière ou d’une autre,  choisi  le mauvais côté de la barrière) et les Gaullistes (les résistants, les FFI, tous ceux qui déclaraient à cette heure avoir étés actifs du côté des vainqueurs). Au milieu de ces extrêmes, beaucoup de français, germanophobes dans leur majorité (la guerre de 14-18 restant dans les mémoires), avaient seulement essayé de survivre en compliquant la vie des envahisseurs, certes, mais sans action d’éclat, en soupirant après le retour du papa prisonnier ou du garçon envoyé au STO (le service du travail obligatoire qui tentait de mobiliser toute la jeunesse des pays occupés pour le service du Reich). Les parents vivant dans l’inquiétude de ceux qui avaient pris le maquis ou pleurant ceux que cette sale guerre leur avait pris et tout le monde cherchant comme il pouvait à pallier le régime de restrictions que leur imposait cette occupation.

En 1945, l’ennemi  désigné de la majorité des français, c’était les allemands et, tous ceux qui, de près ou de loin avaient collaboré ou simplement bénéficié de leur présence ou de la situation qu’ils avaient créée.

Alors ! Haro sur le milicien ! Haro sur le collabo ! Haro sur le commerçant enrichi par la guerre ! Haro sur la « salope » qui avait couché avec un allemand. Haro aussi sur celle qui avait seulement « couché », pendant que son mari était prisonnier ! Haro ! Haro ! Vengeance !

Dans chaque village, la folle joie faisait encore danser tout le monde au son de l’accordéon. Les cloches de l’Eglise sonnaient à la volée pour annoncer le retour de chaque prisonnier et derrière tout cela des vengeances sordides s’exécutaient, des comptes se réglaient, des trésors changeaient de mains. Des truands des deux bords s’activaient, cachés derrière l’allégresse populaire.

Debout sur le quai, après avoir pris beaucoup d’intérêt au départ du train de soldats américains, Sylviane et Lisette ne savaient que faire. La plupart des gens rassemblaient leurs bagages et semblaient se diriger vers leur autorail garé sur l’autre voie. Toutes deux leur emboîtèrent le pas, désireuses  de ne pas trop se faire remarquer.

A ce moment, le haut-parleur annonça :

-          En raison de travaux sur la voie ferrée Le Teil Tournon, aucun train ne partira avant demain matin, huit-heures. Nous nous excusons de ce dérangement. Les passagers de l’autorail  Nîmes- Lyon qui est garé voie 1bis peuvent récupérer leurs bagages ou rester dans l’autorail jusqu’à son heure de départ.

-          Passer la nuit dans l’autorail, ça te dit ? dit Lisette.

-          Pas trop ! Et toi ? hésita Sylviane

-          Moi non plus. Allez ! On sort de la gare et on verra bien.

La salle d’attente était encombrée de gens et de bagages. L’employé au guichet était assailli de questions. Il disait ce qu’il savait, ne sachant pas grand-chose. Il fallait attendre !

Des voix excédées se faisaient entendre. Mais où on va coucher ! J’ai un bébé ! Il faut qu’on puisse manger ! C’était la foire ! Tous ces gens qui l’avaient fermée pendant quatre ans parce qu’ils avaient lu et relu le « Taisez vous, les murs ont des oreilles » et à qui on avait dit « C’est fini » retrouvaient tout d’un coup leur moyen d’expression, et c’était pour rouspéter, manifester leur mécontentement de ne pouvoir tout simplement, rentrer chez eux.

Lisette et Sylviane n’avaient qu’une envie : fuir cette cohue.

Elles sortirent sur la place de la gare. En face, un petit bistrot sympa leur proposait sa terrasse.

-          J’irais bien boire un coup là-bas dit Lisette

-          D’accord, moi aussi, mais t’as oublié qu’on était sans le sou ?

-          Bien sûr que non, et on ne peut même pas manger nos sandwiches sur un banc, sans qu’on nous remarque !

-          Mince ! Qu’est-ce qu’on fait alors ?

-          Attends ! Je réfléchis ! Et si on allait au bord du Rhône ? On trouvera bien un coin tranquille dans les lônes. C’est plein de "vorgines"*, on pourra s’y cacher et on fera la revue de nos provisions.

-          T’as raison ! Et puis on verra comment faire pour se procurer un autre moyen de locomotion.

-          Ca ! Ca va pas être de la tarte !

-          Il faudra aussi qu’on s’habille autrement. Le plus discrètement possible. Je ne sais plus ce que j’ai dans ma valise. Et toi ?

-          Moi, pareil ! T’as raison, il faut qu’on trouve un coin tranquille pour pouvoir faire le point.

Au fait ? C’est où le Rhône ?

-          Vu que la voie de chemin de fer le longe, je pense qu’il faut retraverser la voie ferrée, il doit être de l’autre côté. Tiens ! Il y a un passage à niveau au bout de la gare. C’est là qu’on a vu partir les jeunes, tout à l’heure avec leurs vélos et ils allaient prendre la traille pour aller à Montélimar.

-          Allez ! Zou ! On n’y va !

Et le voilà parties toutes les deux valises à la main et sacs sur l’épaule vers la barrière rouge et blanche qui était levée.

 

-          Tu sais quoi ? dit soudain Lisette, j’y comprends rien. Je n’ai mal nulle part ! Je ne sens plus mes douleurs aux hanches. Il me semble que je pourrais courir le cent mètres.

-          Moi aussi, dit Sylviane, j’ai la forme. Tu crois qu’on a laissé nos vieilles douleurs à la maison ?

-          Ben ! On dirait Qu’est-ce que ça fait du bien ! Allez profitons-en ! Foutons le camp de là en vitesse.

Et les voilà parties d’un pas rapide pour traverser le passage à niveau. La garde barrière une femme en blouse grise, au chignon mal peigné, jeta un coup d’œil étonné en voyant ces deux femmes en pantalons et  nus pieds blancs, se hâter de traverser les voies, d’autant plus que Lisette, se tordant le pied sur un caillou du ballast laissa échapper un « Merde » involontaire.

-          Parles mal, cette femme, se dit-elle. Roger ! Viens dont voir ce qu’on a là, dit-elle en se retournant vers son mari qui lisait son journal, assis sous la petite tonnelle qui était devant sa maisonnette.

-          Oh ! Laisse tomber ! répondit-il d’une voie fatiguée. On n’en voit tellement de drôles en ce moment !

 Du coup la vieille se désintéressa  des deux voyageuses qui finirent le plus vite possible de traverser pour se retrouver sur une route mal goudronnée qui semblait aller en direction de l’Est. Elle était bordée de vieux platanes et toutes deux arrivèrent vite sur le quai, en face du pont détruit donc les tabliers trempaient tristement  dans le Rhône. Seul une pile tenait encore debout, l’autre étant étêtée tel un chêne touché par la foudre.

Sur le quai pas bien loin à gauche on voyait le ponton d’embarquement de la traille. Il était vide. Au loin, au milieu du fleuve on voyait la barque chargée qui au bout du filin qui traversait luttait vaillamment contre le courant.

Dépassant le ponton, elles continuèrent à remonter le long du quai et finirent par trouver un sentier de gravillons qui permettait d’aller jusqu’au bord de l’eau. Le soir tombait et la dernière traille partie, plus personne ne traînait dans le coin. Le fleuve roulait des eaux impressionnantes qui devenaient de plus en plus noires. Le courant était vraiment fort. Aucune lumière. Les galets ronds roulaient sous leurs chaussures légères. Les valises se faisaient de plus en plus lourdes et la faim plus pressante.

-          J’ai mon estomac qui grouille, dit Sylviane

-          Moi aussi ! J’ai vraiment la dalle répondit Lisette

Sur le haut de la grève des buissons apparaissaient.

-          C’est ça tes « vorgines » ?

-          Peut-être bien, allons jeter un coup d’œil pour voir si on trouve un petit coin où on pourra s’asseoir. Fais gaffe où tu mets les pieds car il pourrait bien y avoir des trous d’eau.

-          Mais c’est qu’on y voit rien. Attends je crois que j’ai une torche dans mon sac, dit Sylviane qui avait toujours un sac bien équipé.

Et elle en sortit une lampe à dynamo équipée de LED qui luit fournit une lumière bleue. Eclairant leurs pieds, telle une ouvreuse de cinéma, elle pris la tête, s’avançant courageusement parmi ces saules dont les branches leur fouettait le visage. Elles finirent par arriver dans une petite clairière herbue, bien entourée donc bien cachée.

Foulant  l’herbe de pieds prudents, faisant  des cercles comme des chiens qui vont faire leur crotte, elles s’assurèrent de la stabilité de cet environnement marécageux.

-          Là ! C’est bon ! dit Sylviane en se laissant tomber par terre, en criant tout de suite « Aïe » !Je me suis assise sur un chardon !

-          Il t’attendait celui-là ! rigola Lisette en s’asseyant plus prudemment, en ayant au préalable vérifié la douceur de son coussin improvisé.

-          C’est pas pour dire ! Comme on dit chez nous ! Mais ça fait du bien de s’asseoir, même si la terre est basse !

-          Allez ! La bouffe avant tout !

Des sacs à dos sortirent les sandwiches. Les baguettes bien croustillantes du matin avaient un peu séché, le beurre un peu coulé, mais c’était bon quand même à suivre....

* Les vorgines c'est un terme de la région lyonnaise qui décrit le mélange végétal que l'on trouve au bord du Rhône: Roseaux, saules, aulnes etc.....

-           

-           

 

 

 

 

 

 

27/09/2010

E pericoloso sporgersi ch 3

E pericoloso sporgersi

Chapitre 3

-          Je vais voir ce qui se passe ! dit Sylviane

-          Je vais avec toi, dit Lisette, je ne veux pas rester toute seule dans ce train. Descend ! Je te passe les valises par la fenêtre et on verra bien comment on continue. Il faudrait trouver une bagnole.

Sur le quai c’était l’effervescence, mais pas de chef de gare, sa palette à la main pour donner le départ.

Sur l’autre quai un train rempli de militaires attendait aussi. Une grosse locomotive à vapeur faisait de l’eau. Le gros tuyau du château d’eau était encore placé au dessus de la chaudière et  le mécanicien,  tête charbonneuse et casquette de travers, le bras appuyé sur la porte de sa cabine, attendait patiemment, regardant d’un air indifférent la foule sur le quai.

Cette foule se pressait vers le train militaire.

-          Ce sont des américains, dit Lisette

-          Viens ! On s’approche.

Traînant leurs grosses valises, sacs en bandoulière sur l’épaule, elles se frayèrent un passage vers les compartiments du train.

C’était une fraternisation inouïe. Les soldats hilares tendaient leurs mains à ces français qu’ils avaient contribués à libérer, partageant gentiment les friandises de leur paquetage, buvant au goulot les bouteilles que les autochtones leur tendaient en retour.

Se refusant à mendier ces gâteries qu’elles connaissaient bien, Sylviane et Lisette ne s’approchaient pas, cependant Lisette mourrait d’envie d’aller leur demander un de ces bonbons au fructose qu’elle avait eu, un jour à la gare de Perrache, à Lyon, pour voir si elle en retrouvait le goût.

S’approchant d’un grand noir aux dents éclatantes elle dit :

-          Have You some white fresh sweet . With fructose sugar, I think?

-          Aoh ! Yè ! Madam ! et il montra un bonbon blanc, genre pastille Vichy?  

-          You speak english ?

-          Only a little Sir! a bad english!

-          I think is that you want? No?

-          Yes! Yes! Sir! But only one, because I have eaten it when I was a little girl. I want to know if I find the same taste!

Riant toujours, il lui glissa dans la main tout un paquet des bonbons demandés.

-          Thank you ! Boy ! And have a good travel and a good return in your home

-          I hope Madam, I hope! So long!  And ! … Merci très beaucoup, dit-il en français.

Dotée de son précieux sachet, Lisette revint vers Sylviane.  Soudain ! Sans prévenir ! Elles virent leur autorail redémarrer. Comme une volée de moineaux les gens se précipitaient pour remonter, même en marche. Beaucoup restèrent sur le quai, bras levés en direction de leur wagon qui fuyait.

-           Cours ! Cours !  La mémée est restée dedans ! criait une femme à son mari

-          Nos valises ! Nos valises !  hurlait un autre, en courant aussi à côté de l’autorail en mouvement.

-          Où est le gamin ? Tu l’as vu ? Il n’est pas remonté dans le train sans nous quand même, glapissait une grosse dame qui frisait l’hystérie !

-           Ah ! Il est là !

-          Qu’est-ce que tu faisais sale gosse ?  Tiens ! Voilà ce que tu mérites !

Et ! Pan ! Deux baffes tombent !

-          Je veux que tu restes à côté de nous ! Tu entends ! Tu es infernal ! Tu vas voir le martinet comme il va marcher en arrivant !

-          Bof ! M’en fous !  Il a plus de lanières le martinet, dit l’affreux Jojo qui hérita d’une nouvelle claque et finalement se tut.

-          Y a personne pour porter plainte, dit Lisette. A cette époque les fessées et les baffes étaient permises et même recommandées ! Les mômes étaient plus obéissants, sinon ça tombait !

-          Peut-être que ce n’était pas plus mal dit Sylviane ! Y-s’allait pas brûler des bagnoles et voler chez les commerçants !

-          Remarque ! des bagnoles à voler ! Il n’y en a pas beaucoup ! Je me demande comment on va faire pour en trouver une ?

-          C’est nous qui allons la piquer ?

-          Ben ! Y faudra bien ! T’as des francs pour la payer ?

-          Oh ! Oui ! Merde ! On n’a que des euros ?

-          Des euros ! Pas de francs ! Pas de papiers présentables ! Et je suis presque sûre qu’il faut encore des tickets pour acheter des choses. J’ai complètement oublié de prendre ceux que j’ai à la maison et que ma mère m’a laissés. Remarque ! Je crois que c’était des tickets de textile pas des tickets de bouffe. Alors pour acheter à manger c’est râpé !

Elles se turent car la micheline s’était arrêtée à cinq cent mètres de là, vers l’aiguillage et revenait doucement en marche arrière, vers une autre voie.

-          C’est une voie de garage dit un homme pas loin d’elles.  Eh ! Ben ! On n’est pas encore partis !

-          Ils vont sûrement faire partir avant le train militaire, dit un autre !

Et, effectivement, la grosse locomotive noire avait fini de prendre de l’eau, le tuyau reprenait sa place au-dessus du château d’eau. Des jets de vapeur s’échappaient du monstre de fonte que l’on sentait prêt à bondir. Le chauffeur s’acharnait à remplir de charbon le feu qui rougeoyait de plus en plus jusqu’à flamboyer. Les bielles se mirent à frémir. Sur le quai, un homme d’équipe, en casquette et bleus noircis, tapait avec un marteau à long manche  sur chaque roue, vérifiant chaque attelage, et mettant parfois dans un rouage caché un petit jet de sa burette d’huile à long col. Le chef de train, dans le fourgon de queue, un pied sur le marche-pied, l’autre sur le quai, discutait avec le lampiste en attendant la fin de l’opération.  Puis, il remonta le train en vérifiant que la porte de chaque compartiment était bien fermée. Les soldats américains qui étaient restés sur le quai se dépêchaient à remonter boostés par les « Go ! Go ! » de leurs gradés. Attention le train va partir ! Ecartez vous de la bordure du quai ! nasillait le haut parleur.

 

-           

 

 

 

 

24/09/2010

E pericoloso sporgersi Ch 2

L'autorail arrive en gare du Teil.... (voir ch 1 le 23 septembre 2010)

E pericoloso sporgersi

Ch 2

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E pericoloso.JPG

-          Oh Là !La ! Vite ! On arrive ! Va falloir descendre !  Le bébé dans les bras, elle enfila son sac à dos, surplus de l’armée en toile kaki, pris de l’autre main un sac de toile d’où dépassait le biberon et où se trouvaient sûrement les « drapeaux », les propres et les sales.  Son mari, enfila un autre sac, pris les deux valises en cartons et, en étendant les doigts essaya désespérément de prendre en même temps la poignée du panier de la poule qui remuée se mis à piailler désespérément.

-           Donnez la nous ! On va vous la passer par la portière.

-          D’accord ! Allez ! Au revoir mesdames. Bon voyage et merci !

Dans le couloir tout trois se frayaient un passage à grand peine, malgré la bonne volonté des autres « sardines ». Ils arrivèrent sur la plateforme au moment où la micheline rentrait en gare et s’arrêtait à grand renfort de freins hurlants. L’accordéoniste avait rangé son accordéon, car il descendait aussi. Avec gentillesse et galanterie, il aida la jeune femme à descendre les marches en lui donnant la main. Son mari, posant ses valises sur le quai, s’approcha de notre fenêtre où Sylviane s’escrimait  à faire descendre la vitre grâce à une manivelle passablement  rouillée.

-          Adieu ma cocotte ! dit-elle, en passant le panier par la vitre baissée, tandis que madame poule roulait des yeux ronds.

-          Voilà monsieur, je pense qu’elle vous fera de bons œufs,  et bonne rentrée chez vous.

-          Faudra encore que je trouve du grain pour la nourrir ! On lui fera des pâtées avec du son. Bon ! Encore merci mesdames ! Bonne continuation ! Faites un bon voyage. Nous allons récupérer nos vélos dans le fourgon et on sera bientôt arrivés, encore qu’on va à Montélimar et qu’il faut qu’on prenne la traille, car notre pauvre pont n’est toujours pas reconstruit

Les deux femmes les regardèrent s’éloigner vers l’arrière de l’autorail où le chef de train distribuait les bagages stockés pour le voyage. Le jeune couple récupéra deux vélos. Les deux valises furent soigneusement arrimées sur le porte bagage du jeune homme, tandis que le bébé prenait place dans le siège en fer, à l’arrière de celui de sa maman. Le panier à poule fut attaché sur le cadre, reposant sur le guidon. En les suivant des yeux, après qu’ils aient marché sur le quai, elles les virent enfourcher leur vélo, le père d’une main, l’autre tenant la poule, puis disparaître vers leur avenir.

-          Ce bébé devrait-être à la retraite depuis au moins trois ans dit Lisette. Je me demande quelle vie ils ont eu, tous les trois ?

-          On ne le saura jamais dit Sylviane ? On a passé à côté de tant de gens dont on ne sait rien du tout !

Elles retournèrent s’asseoir sur les banquettes de bois dur, pendant que de nouvelles personnes montaient dans le train. Après s’être un peu aérée le temps de l’arrêt c’était de nouveau, la « boite de sardine ». C’était de nouveau un amoncellement de bagages hétéroclites, dans lesquels on était sûr de trouver de la nourriture. Pas de poule cette fois, mais deux cages à lapin. Sur les sacs à dos, des quart de fer blanc et dans les poches latérales des gourdes fermées.

-          Vous en voulez un peu, dit notre voisin qui venait de boire un petit coup, en essuyant le goulot avec la paume de sa main ?

-          Qu’est-ce que c’est, dit Sylviane ?

-          Du St Joseph ! Mon beau-père en  a une vigne sur les pentes là-haut, et il est pas mauvais ce petit vin.

Ce disant, ils les invita à se pencher pour voir sur les pentes des  coteaux  ardéchois, les lopins de vigne en terrasse. Oh ! Il n’en a pas bien grand, mais c’est suffisant car il a bientôt  La cinquantaine et c’est pénible de travailler ça.

-          Gouttons le, dit en aparté Lisette à Sylviane, c’est un vin qui coûte cher maintenant.

Sans remord elles burent une lampée de ce qui leur parut un délicieux nectar.

-   Mm… Il est bon !

-   Bof !  C’est un petit vin qui se laisse boire. Grâce à mon beau-père, on n’en a pas manqué pendant la guerre. Il avait planqué les fûts et le allemands n’ont pas réussi à les trouver. Il avait eu une idée de génie, il avait mis les cabinets dans la grange,  au-dessus du trappon de la cave et les blondinets n’ont pas eu l’idée et l’envie d’aller voir ce qu’il y avait sous le tonneau de merde !

Et il riait de cette bonne blague faite à l’occupant pour sauver un peu de vin français !

-  J’aimerais quand même bien boire un peu d’eau dit Lisette qui sortit de son sac, une bouteille d’Evian.

L’homme ouvrit de grands yeux.

-          C’est quoi cette bouteille ?

Merde ! Se dit Lisette ! C’est vrai que le plastique n’est pas tellement répandu à cette époque !

-          C’est du cellulo transparent ! C’est les Américains qui ont inventé ça pour les soldats ! C’est moins lourd dans le sac.

-          Ah ! répondit-il.

 Pas convaincu et tout d’un coup soupçonneux, il regarda plus attentivement ces deux femmes et s’aperçut  qu’elles  étaient bizarrement vêtues. Quel âge pouvaient-elles bien avoir ? Toutes deux plutôt bien en chair, surtout la plus petite qui semblait la plus âgée, elles ne paraissaient vraiment pas avoir souffert des restrictions. Elles étaient toutes deux en pantalon ! La plus agée, pantalon noir et corsage orné de tulipes bleues avec des brillants et la plus jeune, pantalon court et chemisier blanc !

-           Drôle de tenue ! Ces bonnes femmes ! Tu ne trouves pas ? dit-il en aparté à sa femme !

-          Ouais ! répondit-elle. Elles sont bizarres. D’où ça peut bien venir ça ? A mon avis ça sent le collabo !

Lisette, qui  voyait bien leur chuchotis, tendait l’oreille sans en avoir l’air et saisit au passage le mot « collabo ».

-          Aïe ! Ca craint ! se dit-elle tandis que Sylviane toute étonnée de ce qu’elle découvrait n’avait rien remarqué !

-          Dis donc ! Ca veut dire quoi  ce qui est écrit sous la fenêtre !

-          Ca ? Et montrant du doigt la plaque émaillée, elle lut :

-          E pericoloso sporgersi ? Regarde ! C’est en français dessous !

-          Ah oui ! Il est dangereux de se pencher au dehors !

-          C’est aussi en allemand « Nicht in hauslehnen !

-          Bon mais à propos de pericoloso, j’ai quelque chose qui m’inquiète. Je crois qu’on nous prend pour des collabos ! On a l’air trop riches et on n’est pas habillées comme les autres femmes de notre âge, avec des pantalons en tissus bizarres(moi la reine du polyester qui ne se repasse pas !). C’est ma bêtise avec ma bouteille d’Evian qui a attiré l’attention. Quelle idiote !

-          T’inquiètes pas ! dit Sylviane, on ne risque rien puisque c’est pas vrai ! On le dira à la police !

-          Dire quoi ? Tu vas montrer tes papiers ? Comment tu vas expliquer que t’es pas née et comment je vais leur faire croire que j’ai huit ans ? Moi j’ai envie de descendre de ce train et de trouver un autre moyen de locomotion !

-          Tu crois ? Du coup Sylviane devint inquiète à son tour ! T’as vu, le mec au St Joseph ? Il ne nous parle plus et il nous jette de drôle de coups d’oeils. T’as peut-être raison ! On descend à la prochaine gare. En attendant ! J’ai faim ! Tu veux un sandwich ?

-          Arrête ! Malheureuse ! Si ils voient notre bout de baguette bien blanche et notre jambon beurre, alors là ! On est cuites de chez cuites !

Le temps du ravissement commençait à s’estomper pour nos deux voyageuses. Les problèmes commençaient, il fallait réagir, et vite.

La micheline n’avait pas encore quitté la gare du Teil et, justement, dans le wagon des interrogations fusaient.

-          Ca fait plus d’une demie heure qu’on est là ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

Le wagon se vidait petit à petit. Les gens descendaient sur le quai pour aller aux renseignements. …… A suivre

 

 

 
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