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25/10/2010

e pericoloso sporgersi suite 5

E pericolos sporgersi

Chapitre 5

Dans les vorgines

vorgines s. f. pl.

Marécage herbeux ou herbu. Roseaux en bord de rivière.

 

Une fois rassasiées de leurs sandwiches, Lisette et Sylviane réalisèrent tout d’un coup,  qu’elles étaient vraiment dans la M… La nuit était tombée et le noir était vraiment noir. On voyait les étoiles comme elles ne les avaient pas vues depuis longtemps. Il faisait beau, heureusement ! L’air était un peu frisquet et elles durent sortir des valises les polaires qu’elles avaient eu la précaution d’emporter.

Le fleuve qui  coulait non loin de là, faisait bruire les cailloux qui roulaient sous le courant.

Un peu inquiétant tout de même, au point de les rendre silencieuses. Des buissons venaient des bruits suspects.

-          T’es sûr qu’il n’y a pas de serpent dit Lisette craintive ?

-          Bof ! Ils dorment, la rassura la courageuse Sylviane qui venait cependant de sortir son drap de bain pour l’étendre sur l’herbe

-          Heureusement qu’on a ça ! dit Lisette qui en fit autant.

-          Ah ! Dis Sylviane ! Il faudrait que je trouve un coin pour faire pipi. Ca commence à devenir urgent !

Elle se fraya un chemin dans les roseaux pour s’isoler un peu plus loin. A son retour, elle dit :

-          Ecoute ! C’est bizarre ! De ce côté, on dirait qu’il y a quelqu’un qui pleure. J’entendais renifler !

Tendant l’oreille, elles perçurent en effet des bruits de sanglots, comme quelqu’un se retenant de pleurer mais ne pouvant s’en empêcher !

-          Mince, alors ! Qu’est-ce que c’est ? On va voir ? Prends ta torche !

Prudemment, elles écartèrent les branches touffues.

-          Par là ?

-          Non, plus de ce côté, attention qu’il n’y ait pas d’eau ! Ah ! La barbe ! Je suis accrochée à une ronce !

Tout d’un coup, elles n’entendaient plus rien. Puis ! Un sniff… tout près d’elles  leur fit découvrir, dans le creux d’un saule, recroquevillée sur elle-même, la tête dans les bras et sur les genoux, une jeune fille toute seule, qui les devinant plus que les voyant, amorça un mouvement de fuite.

Elle paraissait vraiment terrorisée !

-          N’ayez pas peur, lui dit doucement Sylviane. On est des vieilles dames, on ne va pas vous faire de mal.

-          Vous vous cachez, vous aussi ou bien vous me cherchez ?

-          Pourquoi, on vous chercherait ? On ne vous connait pas ! Non, nous sommes venues ici pour dormir parce que le train que nous avons pris pour aller à Lyon, s’est arrêté en gare du Teil et ne repartira que demain matin. Nous voulions être tranquilles car à la gare c’est la cohue !

-          Ah ! Bon ! Mais ! Pitié ! S’il vous plaît ! Ne dites à personne que je suis là ! C’est l’horreur ! Ce qu’ils nous on fait !

Mise en confiance par leurs regards compatissants elle leur raconta son histoire :

-          Regardez ce qu’ils m’ont fait, sanglota-t-elle en enlevant le foulard qui recouvrait sa tête.

-           A la lueur bleutée de la torche elle leur dévoila un crâne entièrement rasé.

-          Mon Dieu ! S’exclama, Sylviane ! C’est la chimio ! Vous avez un cancer ?

La jeune fille la regarda d’un air interloqué ?

-          Un cancer ? Pourquoi ? Je vous ai dit : regardez ce qu’ils m’ont fait ! Eux ! Les salopards ! Les ignobles brutes ! Ils m’ont traînée dans la rue et devant tout le monde, ils m’ont tondue.

-          Tondue ?

-          Tondue, oui tondue ! Ils criaient : A la tondeuse, la pute du notaire ! T’en as bien profité, salope, maintenant c’est à toi de régler la note !

-          Pourquoi, ils disaient « la pute du notaire ?

-          Eh ! Bien ! Voilà mon histoire ! Elle est longue et triste.

Elle s’appelait Colette et elle avait 22 ans, elle venait d’un petit village des environs où elle avait épousé, contre l’avis de ses parents,  Roger, un beau garçon, dont elle était tombée éperdument amoureuse, un copain d’enfance qu’elle avait connu à l’école.

Il était brave homme, Roger, travailleur, il travaillait comme électricien, dans le bâtiment, mais malheureusement il ne crachait pas sur la bouteille, se laissant souvent entraîner par les copains. De plus il était jaloux et se faisait un tas d’idées, reprochant à sa jolie Colette la moindre des coquetteries.  Quand il rentrait, énervé et fatigué et  souvent imbibé, il devenait colérique et il avait souvent levé la main, sans la taper, mais en criant sur elle. Elle encaissait, trouvant cela injuste,  mais ne comprenait pas, car elle aimait son mari et lui était fidèle. Pour cela elle lui avait souvent pardonné, n’allant jamais se plaindre même auprès de ses parents qui lui aurait dit « On te l’avait bien dit ! ».

Quand la guerre arriva, mariée depuis un an à peine, c’est avec douleur qu’elle le vit partir sur le front de l’Est. Il fut fait prisonnier lors de la bataille des Ardennes et depuis il était quelque part en Allemagne. Elle avait eu une lettre, qui lui avait été transmise par un prisonnier évadé en 1942 d’un camp situé près de Dachau  où , semble-t-il, il était détenu.

Isolée, sans ressources, il avait fallu qu’elle trouve du travail.

Comme elle était avenante et habile elle fut engagée comme femme de chambre par Madame Colombet,  la femme du notaire. Une femme douce et gentille, contrairement à sa pourriture de mari. C’était un vieux cochon, qui ne cherchait qu’à s’enrichir quelles que soient les circonstances. Alors ! Il avait pris le côté des plus forts. Il était bien sûr Vichyiste. Il avait fait jouer toutes ses connaissances en place et il s’en mettait plein les poches en négociant les possessions de ceux qui étaient partis, les juifs, entre autres.

Colette, fut bien sûr engagée, avec l’accord du notaire, parce qu’elle était jolie. Elle accomplissait son travail avec conscience car elle était heureuse de faire plaisir à madame, mais son mari  le  notaire,  amateur de jolies filles et plutôt lubrique, lui tournait autour, compliquant sa tâche.

-          Monsieur ! Je vous en prie ! Je suis mariée ! Mon mari est prisonnier !

-          Viens ma belle ! Il n’en saura rien ! Je te ferais des cadeaux !

-          Non ! Monsieur ! Merci ! Je n’en veux pas ! Mon travail me suffit ! Madame m’attends !

Et elle s’esquivait, trouvant des excuses.

Le notaire devenait de plus en plus excité devant sa résistance. Elle n’osait pas raconter ses avances à la si gentille madame, alors elle rusait de plus en plus, mais un jour qu’elle dormait, le  vieux s’introduisit dans sa chambre et de force réussit à assouvir son désir. L’acte terminé, il lui dit : Si tu souffles un seul mot, je te fais accuser comme résistante et tu seras arrêtée.

Elle n’avait rien dit. Son tortionnaire avait renouvelé son acte plusieurs fois, lui rendant visite dans son lit, alors qu’elle était clouée et honteuse.

Un jour, pourtant, alors que son ventre s’arrondissait, elle lui dit :

-          Je crois que je suis enceinte ! Qu’est-ce que je vais faire ?

-          Sale pute ! Tu vas dégager ! Vite fait !

Puis, il réfléchit ! Madame ne pouvait plus avoir d’enfant depuis qu’elle avait fait plusieurs fausses couches. Ne serait-ce pas la bonne occasion d’un petit voyage en Suisse ?

Colette, n’y comprenait plus rien ! Terrorisée, elle en parla à sa meilleure copine, Josette, lui racontant toute l’histoire.

-          Tu en as bien profité du notaire, lui dit celle-ci ! Tu vas voir la tête qu’il va faire ton Roger au retour, quand il apprendra ça !

-          Non, je t’assure, je n’ai pas cherché, je me suis défendue. J’aime mon Roger et je n’ai jamais cherché à le tromper.

-          On dit çà ! On dit çà ! Mais ton notaire ! Il t'a bien gâtée!

Lisant dans les yeux de Josette ce que tout le monde allait penser d’elle, Colette rentra à la maison désespérée.

Madame l’attendait, avec un air grave. Apparemment elle était au courant !

-          Venez ma petite ! On va arranger ça !

Le séjour en Suisse dura le temps de la grossesse et de l’accouchement ! Madame revint avec un beau garçon dans les bras dont Colette fut la nourrice. Tous les notables félicitèrent Madame de son beau bébé. Le fils du notaire ! Un bel héritier.

 

08/10/2010

e pericoloso sporgersi suite 4

E pericoloso sporgersi

Ch 4

 

Le train  des soldats américains s'en va et nous, en gare du Teil nous nesavons plus quoi faire?

La grosse locomotive sembla soupirer d’être obligée de partir. Dans un grand psch….. de vapeur brûlante, les énormes roues se mirent à tourner. Le mécanicien déclencha un coup de sifflet d’adieu  dont l’écho se répercuta  sous la voûte et le convoi  se mit en branle pour le Nord de la Vallée du Rhône où d’autres paysages dévastés les attendaient.

En ce printemps 1945, la bombe atomique, la première, et, heureusement- jusqu’en 2010 au moins- l’unique utilisation de cette arme de destruction massive,  n’avait pas encore détruit Hiroshima au Japon et du coup mis vraiment fin à la guerre mondiale. En 2010, on célébrait justement son 65 ème anniversaire et l’on avait pu en mesurer les effets terribles et les séquelles effrayantes.

Cependant,  le 8 mai 1945, presqu’un an après le débarquement en Normandie,  la capitulation de l’Allemagne en Europe et donc, la victoire alliée, avait été signée. En 2010 on jouissait encore du cadeau d’un jour férié, bien utile avec  son compère, le 1 er mai, fête du travail, pour calculer les ponts pour partir en vacances.

En 1945, la guerre, que s’étaient livrés les pays de l’Axe Berlin-Rome-Tokyo  et les alliés de la France, européens-américains et asiatiques, avaient largement endommagé l’Europe, et en particulier la France. Outre les dégâts matériels à réparer, les ponts entre autres, qui ne servaient alors qu’à traverser les rivières,  la France héritait d’un conflit d’idéologie entre Pétainistes (les collabos, la milice, ceux qui avaient fraternisé avec les allemands, en fait, tout ceux qui avaient d’une manière ou d’une autre,  choisi  le mauvais côté de la barrière) et les Gaullistes (les résistants, les FFI, tous ceux qui déclaraient à cette heure avoir étés actifs du côté des vainqueurs). Au milieu de ces extrêmes, beaucoup de français, germanophobes dans leur majorité (la guerre de 14-18 restant dans les mémoires), avaient seulement essayé de survivre en compliquant la vie des envahisseurs, certes, mais sans action d’éclat, en soupirant après le retour du papa prisonnier ou du garçon envoyé au STO (le service du travail obligatoire qui tentait de mobiliser toute la jeunesse des pays occupés pour le service du Reich). Les parents vivant dans l’inquiétude de ceux qui avaient pris le maquis ou pleurant ceux que cette sale guerre leur avait pris et tout le monde cherchant comme il pouvait à pallier le régime de restrictions que leur imposait cette occupation.

En 1945, l’ennemi  désigné de la majorité des français, c’était les allemands et, tous ceux qui, de près ou de loin avaient collaboré ou simplement bénéficié de leur présence ou de la situation qu’ils avaient créée.

Alors ! Haro sur le milicien ! Haro sur le collabo ! Haro sur le commerçant enrichi par la guerre ! Haro sur la « salope » qui avait couché avec un allemand. Haro aussi sur celle qui avait seulement « couché », pendant que son mari était prisonnier ! Haro ! Haro ! Vengeance !

Dans chaque village, la folle joie faisait encore danser tout le monde au son de l’accordéon. Les cloches de l’Eglise sonnaient à la volée pour annoncer le retour de chaque prisonnier et derrière tout cela des vengeances sordides s’exécutaient, des comptes se réglaient, des trésors changeaient de mains. Des truands des deux bords s’activaient, cachés derrière l’allégresse populaire.

Debout sur le quai, après avoir pris beaucoup d’intérêt au départ du train de soldats américains, Sylviane et Lisette ne savaient que faire. La plupart des gens rassemblaient leurs bagages et semblaient se diriger vers leur autorail garé sur l’autre voie. Toutes deux leur emboîtèrent le pas, désireuses  de ne pas trop se faire remarquer.

A ce moment, le haut-parleur annonça :

-          En raison de travaux sur la voie ferrée Le Teil Tournon, aucun train ne partira avant demain matin, huit-heures. Nous nous excusons de ce dérangement. Les passagers de l’autorail  Nîmes- Lyon qui est garé voie 1bis peuvent récupérer leurs bagages ou rester dans l’autorail jusqu’à son heure de départ.

-          Passer la nuit dans l’autorail, ça te dit ? dit Lisette.

-          Pas trop ! Et toi ? hésita Sylviane

-          Moi non plus. Allez ! On sort de la gare et on verra bien.

La salle d’attente était encombrée de gens et de bagages. L’employé au guichet était assailli de questions. Il disait ce qu’il savait, ne sachant pas grand-chose. Il fallait attendre !

Des voix excédées se faisaient entendre. Mais où on va coucher ! J’ai un bébé ! Il faut qu’on puisse manger ! C’était la foire ! Tous ces gens qui l’avaient fermée pendant quatre ans parce qu’ils avaient lu et relu le « Taisez vous, les murs ont des oreilles » et à qui on avait dit « C’est fini » retrouvaient tout d’un coup leur moyen d’expression, et c’était pour rouspéter, manifester leur mécontentement de ne pouvoir tout simplement, rentrer chez eux.

Lisette et Sylviane n’avaient qu’une envie : fuir cette cohue.

Elles sortirent sur la place de la gare. En face, un petit bistrot sympa leur proposait sa terrasse.

-          J’irais bien boire un coup là-bas dit Lisette

-          D’accord, moi aussi, mais t’as oublié qu’on était sans le sou ?

-          Bien sûr que non, et on ne peut même pas manger nos sandwiches sur un banc, sans qu’on nous remarque !

-          Mince ! Qu’est-ce qu’on fait alors ?

-          Attends ! Je réfléchis ! Et si on allait au bord du Rhône ? On trouvera bien un coin tranquille dans les lônes. C’est plein de "vorgines"*, on pourra s’y cacher et on fera la revue de nos provisions.

-          T’as raison ! Et puis on verra comment faire pour se procurer un autre moyen de locomotion.

-          Ca ! Ca va pas être de la tarte !

-          Il faudra aussi qu’on s’habille autrement. Le plus discrètement possible. Je ne sais plus ce que j’ai dans ma valise. Et toi ?

-          Moi, pareil ! T’as raison, il faut qu’on trouve un coin tranquille pour pouvoir faire le point.

Au fait ? C’est où le Rhône ?

-          Vu que la voie de chemin de fer le longe, je pense qu’il faut retraverser la voie ferrée, il doit être de l’autre côté. Tiens ! Il y a un passage à niveau au bout de la gare. C’est là qu’on a vu partir les jeunes, tout à l’heure avec leurs vélos et ils allaient prendre la traille pour aller à Montélimar.

-          Allez ! Zou ! On n’y va !

Et le voilà parties toutes les deux valises à la main et sacs sur l’épaule vers la barrière rouge et blanche qui était levée.

 

-          Tu sais quoi ? dit soudain Lisette, j’y comprends rien. Je n’ai mal nulle part ! Je ne sens plus mes douleurs aux hanches. Il me semble que je pourrais courir le cent mètres.

-          Moi aussi, dit Sylviane, j’ai la forme. Tu crois qu’on a laissé nos vieilles douleurs à la maison ?

-          Ben ! On dirait Qu’est-ce que ça fait du bien ! Allez profitons-en ! Foutons le camp de là en vitesse.

Et les voilà parties d’un pas rapide pour traverser le passage à niveau. La garde barrière une femme en blouse grise, au chignon mal peigné, jeta un coup d’œil étonné en voyant ces deux femmes en pantalons et  nus pieds blancs, se hâter de traverser les voies, d’autant plus que Lisette, se tordant le pied sur un caillou du ballast laissa échapper un « Merde » involontaire.

-          Parles mal, cette femme, se dit-elle. Roger ! Viens dont voir ce qu’on a là, dit-elle en se retournant vers son mari qui lisait son journal, assis sous la petite tonnelle qui était devant sa maisonnette.

-          Oh ! Laisse tomber ! répondit-il d’une voie fatiguée. On n’en voit tellement de drôles en ce moment !

 Du coup la vieille se désintéressa  des deux voyageuses qui finirent le plus vite possible de traverser pour se retrouver sur une route mal goudronnée qui semblait aller en direction de l’Est. Elle était bordée de vieux platanes et toutes deux arrivèrent vite sur le quai, en face du pont détruit donc les tabliers trempaient tristement  dans le Rhône. Seul une pile tenait encore debout, l’autre étant étêtée tel un chêne touché par la foudre.

Sur le quai pas bien loin à gauche on voyait le ponton d’embarquement de la traille. Il était vide. Au loin, au milieu du fleuve on voyait la barque chargée qui au bout du filin qui traversait luttait vaillamment contre le courant.

Dépassant le ponton, elles continuèrent à remonter le long du quai et finirent par trouver un sentier de gravillons qui permettait d’aller jusqu’au bord de l’eau. Le soir tombait et la dernière traille partie, plus personne ne traînait dans le coin. Le fleuve roulait des eaux impressionnantes qui devenaient de plus en plus noires. Le courant était vraiment fort. Aucune lumière. Les galets ronds roulaient sous leurs chaussures légères. Les valises se faisaient de plus en plus lourdes et la faim plus pressante.

-          J’ai mon estomac qui grouille, dit Sylviane

-          Moi aussi ! J’ai vraiment la dalle répondit Lisette

Sur le haut de la grève des buissons apparaissaient.

-          C’est ça tes « vorgines » ?

-          Peut-être bien, allons jeter un coup d’œil pour voir si on trouve un petit coin où on pourra s’asseoir. Fais gaffe où tu mets les pieds car il pourrait bien y avoir des trous d’eau.

-          Mais c’est qu’on y voit rien. Attends je crois que j’ai une torche dans mon sac, dit Sylviane qui avait toujours un sac bien équipé.

Et elle en sortit une lampe à dynamo équipée de LED qui luit fournit une lumière bleue. Eclairant leurs pieds, telle une ouvreuse de cinéma, elle pris la tête, s’avançant courageusement parmi ces saules dont les branches leur fouettait le visage. Elles finirent par arriver dans une petite clairière herbue, bien entourée donc bien cachée.

Foulant  l’herbe de pieds prudents, faisant  des cercles comme des chiens qui vont faire leur crotte, elles s’assurèrent de la stabilité de cet environnement marécageux.

-          Là ! C’est bon ! dit Sylviane en se laissant tomber par terre, en criant tout de suite « Aïe » !Je me suis assise sur un chardon !

-          Il t’attendait celui-là ! rigola Lisette en s’asseyant plus prudemment, en ayant au préalable vérifié la douceur de son coussin improvisé.

-          C’est pas pour dire ! Comme on dit chez nous ! Mais ça fait du bien de s’asseoir, même si la terre est basse !

-          Allez ! La bouffe avant tout !

Des sacs à dos sortirent les sandwiches. Les baguettes bien croustillantes du matin avaient un peu séché, le beurre un peu coulé, mais c’était bon quand même à suivre....

* Les vorgines c'est un terme de la région lyonnaise qui décrit le mélange végétal que l'on trouve au bord du Rhône: Roseaux, saules, aulnes etc.....

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27/09/2010

E pericoloso sporgersi ch 3

E pericoloso sporgersi

Chapitre 3

-          Je vais voir ce qui se passe ! dit Sylviane

-          Je vais avec toi, dit Lisette, je ne veux pas rester toute seule dans ce train. Descend ! Je te passe les valises par la fenêtre et on verra bien comment on continue. Il faudrait trouver une bagnole.

Sur le quai c’était l’effervescence, mais pas de chef de gare, sa palette à la main pour donner le départ.

Sur l’autre quai un train rempli de militaires attendait aussi. Une grosse locomotive à vapeur faisait de l’eau. Le gros tuyau du château d’eau était encore placé au dessus de la chaudière et  le mécanicien,  tête charbonneuse et casquette de travers, le bras appuyé sur la porte de sa cabine, attendait patiemment, regardant d’un air indifférent la foule sur le quai.

Cette foule se pressait vers le train militaire.

-          Ce sont des américains, dit Lisette

-          Viens ! On s’approche.

Traînant leurs grosses valises, sacs en bandoulière sur l’épaule, elles se frayèrent un passage vers les compartiments du train.

C’était une fraternisation inouïe. Les soldats hilares tendaient leurs mains à ces français qu’ils avaient contribués à libérer, partageant gentiment les friandises de leur paquetage, buvant au goulot les bouteilles que les autochtones leur tendaient en retour.

Se refusant à mendier ces gâteries qu’elles connaissaient bien, Sylviane et Lisette ne s’approchaient pas, cependant Lisette mourrait d’envie d’aller leur demander un de ces bonbons au fructose qu’elle avait eu, un jour à la gare de Perrache, à Lyon, pour voir si elle en retrouvait le goût.

S’approchant d’un grand noir aux dents éclatantes elle dit :

-          Have You some white fresh sweet . With fructose sugar, I think?

-          Aoh ! Yè ! Madam ! et il montra un bonbon blanc, genre pastille Vichy?  

-          You speak english ?

-          Only a little Sir! a bad english!

-          I think is that you want? No?

-          Yes! Yes! Sir! But only one, because I have eaten it when I was a little girl. I want to know if I find the same taste!

Riant toujours, il lui glissa dans la main tout un paquet des bonbons demandés.

-          Thank you ! Boy ! And have a good travel and a good return in your home

-          I hope Madam, I hope! So long!  And ! … Merci très beaucoup, dit-il en français.

Dotée de son précieux sachet, Lisette revint vers Sylviane.  Soudain ! Sans prévenir ! Elles virent leur autorail redémarrer. Comme une volée de moineaux les gens se précipitaient pour remonter, même en marche. Beaucoup restèrent sur le quai, bras levés en direction de leur wagon qui fuyait.

-           Cours ! Cours !  La mémée est restée dedans ! criait une femme à son mari

-          Nos valises ! Nos valises !  hurlait un autre, en courant aussi à côté de l’autorail en mouvement.

-          Où est le gamin ? Tu l’as vu ? Il n’est pas remonté dans le train sans nous quand même, glapissait une grosse dame qui frisait l’hystérie !

-           Ah ! Il est là !

-          Qu’est-ce que tu faisais sale gosse ?  Tiens ! Voilà ce que tu mérites !

Et ! Pan ! Deux baffes tombent !

-          Je veux que tu restes à côté de nous ! Tu entends ! Tu es infernal ! Tu vas voir le martinet comme il va marcher en arrivant !

-          Bof ! M’en fous !  Il a plus de lanières le martinet, dit l’affreux Jojo qui hérita d’une nouvelle claque et finalement se tut.

-          Y a personne pour porter plainte, dit Lisette. A cette époque les fessées et les baffes étaient permises et même recommandées ! Les mômes étaient plus obéissants, sinon ça tombait !

-          Peut-être que ce n’était pas plus mal dit Sylviane ! Y-s’allait pas brûler des bagnoles et voler chez les commerçants !

-          Remarque ! des bagnoles à voler ! Il n’y en a pas beaucoup ! Je me demande comment on va faire pour en trouver une ?

-          C’est nous qui allons la piquer ?

-          Ben ! Y faudra bien ! T’as des francs pour la payer ?

-          Oh ! Oui ! Merde ! On n’a que des euros ?

-          Des euros ! Pas de francs ! Pas de papiers présentables ! Et je suis presque sûre qu’il faut encore des tickets pour acheter des choses. J’ai complètement oublié de prendre ceux que j’ai à la maison et que ma mère m’a laissés. Remarque ! Je crois que c’était des tickets de textile pas des tickets de bouffe. Alors pour acheter à manger c’est râpé !

Elles se turent car la micheline s’était arrêtée à cinq cent mètres de là, vers l’aiguillage et revenait doucement en marche arrière, vers une autre voie.

-          C’est une voie de garage dit un homme pas loin d’elles.  Eh ! Ben ! On n’est pas encore partis !

-          Ils vont sûrement faire partir avant le train militaire, dit un autre !

Et, effectivement, la grosse locomotive noire avait fini de prendre de l’eau, le tuyau reprenait sa place au-dessus du château d’eau. Des jets de vapeur s’échappaient du monstre de fonte que l’on sentait prêt à bondir. Le chauffeur s’acharnait à remplir de charbon le feu qui rougeoyait de plus en plus jusqu’à flamboyer. Les bielles se mirent à frémir. Sur le quai, un homme d’équipe, en casquette et bleus noircis, tapait avec un marteau à long manche  sur chaque roue, vérifiant chaque attelage, et mettant parfois dans un rouage caché un petit jet de sa burette d’huile à long col. Le chef de train, dans le fourgon de queue, un pied sur le marche-pied, l’autre sur le quai, discutait avec le lampiste en attendant la fin de l’opération.  Puis, il remonta le train en vérifiant que la porte de chaque compartiment était bien fermée. Les soldats américains qui étaient restés sur le quai se dépêchaient à remonter boostés par les « Go ! Go ! » de leurs gradés. Attention le train va partir ! Ecartez vous de la bordure du quai ! nasillait le haut parleur.

 

-           

 

 

 

 

 
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