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23/09/2010

E Pericoloso Sporgersi

Puisque nous sommes au temps où chacun raconte ses souvenirs de vacances, voici le voyage extraordinaire que nous avons fait, Sylviane et moi. Nous nous étions inscrites toutes les deux, dans une agence dont j'ai oublié le nom, pour un voyage surprise.

Voilà la surprise! Et ne me demandez pas comment nous sommes arrivées là, j'ai tout oublié. Pour mémoire, car c'est important j'ai (Lisette) 73 ans et Sylviane en a 63.

E Pericoloso sporgersi

Chapitre 1

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-          Dures ces banquettes, chuchote Sylviane à l’oreille de Lisette, en essayant d’appuyer sa tête sur le dossier de bois rigide et trop droit. J’ai mal au coccyx, pourtant nous sommes plus rembourrées que la plupart des gens autour de nous.

-          C’est vrai qu’ils sont tous plutôt maigres.

Autour d’elles, en effet, s’entassent toute une foule de voyageurs avec des valises, des paniers. Il y en a même debout dans les couloirs, pressés les uns contre les autres, que l’autorail ballote dans tous les sens.  Même la plateforme d’entrée est bondée. Dans l’étagère à bagages au dessus de leur tête, leurs deux « Samsonites », leurs sacs, dont celui de l’ordinateur portable de Lisette, détonent à côté des valises en carton bouilli, des sacs de toile et des paniers d’osier. Dans un de ceux-ci, la tête passée à travers un trou dans la paroi,  une poule cou nu tend une tête effarée.

-          Elle a pas l’air a l’aise la pauvre cocotte, dit Sylviane

-          C’est à nous, dit, à Sylviane et Lisette, une dame en robe à fleur, haut perchée sur des talons compensés en semelles de bois, qui se tient debout comme elle peut dans le couloir à côté d’elles. On n’arrive de chez de la famille, dans le Gard et on a  pu récupérer un poulet, du lait et quelques œufs et aussi un morceau de fromage. Ca commence à revenir, mais c’est pas encore ça.

Elle est jeune, belle et ses cheveux bruns très relevés devant, alors que sur l’arrière de la tête ils sont noués en un chignon rond, lui allongent délicieusement le visage. Sa robe fleurie, échancrée en V, laisse entrevoir une poitrine de jeune maman. Son mari, derrière elle, a une allure de maquisard, le béret crânement posé en biais sur la tête. C’est lui qui porte le bébé. Une bonne bouille baveuse et morveuse, avec une brassière tricotée et un bavoir mouillé. Tout à l’heure il avait avalé un biberon d’eau sucrée.

-          Il est sans  phtalates, celui-là, dit Lisette à Sylviane, en aparté !

-          Pur verre, bien gradué, avec une tétine en vrai caoutchouc. J’avais oublié

  Du fessier du bébé, revêtu de couches de coton blanc s’échappait une odeur significative.

-          J’aurais besoin de changer son drapeau, dit la jeune femme, j’ai tout ce qu’il faut, mais avec tant de monde je ne peux rien faire !

-          C’est quoi ? Il est où son drapeau ? dit Sylviane à l’oreille de Lisette qui retient un sourire.

-          C’est comme ça qu’on appelait les couches en coton. Tu sais, c’était des triangles, alors sur l’étendage, ça flottait au vent comme des drapeaux. T’en as eu toi aussi, sûrement !

-          Je ne m’en souviens plus du tout. Je crois que je mettais déjà des Pampers à Anthony

-          Je ne pense pas. Tu devais plutôt lui mettre des couches tenues par un triangle en plastique.

-          Maintenant que tu le dis ! Oui ! ça me revient. Mais c’était des trucs jetables.

-          Oui ! Tandis que cette jeune femme, il va falloir qu’elle fasse la lessive en arrivant !

-          Oh ! La pauvre ! la machine va tourner !

-          La machine ! Tu rêves. Ca n’existe pas ! Tout à la main ! Dans la bassine, à la brosse sur la planche à laver. Peut-être encore avec du savon fait avec de la saponaire.

-          Tu rigoles ?

Toutes les deux regardaient avec pitié cette pauvre maman avec son bébé « merdeux » qui allait se payer les drapeaux à laver en arrivant chez elle !

Et  pourtant, elle autant que lui respiraient le bonheur et la joie de vivre, la joie de se retrouver dans un pays libre, d’être tous les deux jeunes parents, d’avoir une poule et des œufs et un morceau de fromage.

-          On est bientôt arrivés, Le Teil, c’est la prochaine, dit la jeune femme à son mari. Passe moi Jeannot, tu t’occuperas des bagages , mais je ne sais pas bien comment on va sortir de là ! Essaye de ne pas coincer la tête de la poule, en sortant.

 

-          Si vous voulez, on vous aidera ! On peut vous la faire passer par la fenêtre la poule ?

 

-          Bien volontiers dit la jeune femme. Merci de votre aide et de votre bonne compagnie. Continuez bien, votre voyage. Vous allez où, au fait ?

 

-          A Lyon !

 

-          Ah bon ! Eh ben vous n’êtes pas encore arrivées ! Avec  toutes ces voies bombardées qu’il faut réparer. Les ponts pas encore reconstruits et puis le trafic des trains militaires et les gens qui recommencent à sortir de chez eux, les trains ne sont pas rapides ! Ils font des détours, ils attendent des heures pour que la voie soit libre. Pour descendre on a mis huit heures pour aller du Teil à Nîmes !

 

-          Eh ! Ben ! On va s’armer de patience !

 

-          Et vous ? Vous arrivez d’où ? Dis soudain la jeune femme

-          Nous ? Euh ? C’est une longue histoire ! On arrive d’un long voyage à l’étranger ! On rentre en France.

-          Vous étiez là avant  guerre ?

-          Moi ! Oui ! répond Lisette

-          Eh ! Ben ! Vous allez trouver la France changée ! Pauvre France ! Elle a passé des biens mauvais moments, mais ça ne fait rien ! C’est passé ! Ca repart petit à petit, mais on va tous s’y mettre, maintenant qu’on les a foutus dehors ces saletés de boches, ça va aller vite.

-          Et puis, ils nous aident, dit-elle avec un grand éclat de rire, en nous montrant la campagne à l’extérieur du train.

Dans un champ, le dos tourné, fourche  et râteau à la main, toute une alignée d’hommes vêtus d’une veste où les  deux lettres PG étaient bien visibles, travaillaient aux foins. PG : Prisonniers de guerre. Le paysan français qui les utilisait n’avait pas de fouet à la main, mais se contentait d’être sur son char à foin pour réceptionner et arranger les fourches de foin que les allemands vaincus lui tendaient. Pas de schlague ! Pas de kapo ! Ils travaillaient ensemble. Ces allemands, là n’étaient souvent que des anciens militaires de l’armée vaincue , mobilisés loin de chez eux pour essayer de défendre une folie et une  cause perdue et  qui, dans la débâcle de fin 1944, avait eu leur chance de survie en se faisant prendre  sur le chemin du retour vers l’ Allemagne dévastée, où le chaos les attendait. Un des PG flattait de la main le cheval qui avait l’air d’apprécier. Pour le cheval, la notion d’ami et d’ennemi n’était pas la même que chez les humains.

La vue de ces PG réjouissait beaucoup la jeune femme et son mari. Dans chaque français de l’époque perçait un sentiment revanchard.

-          C’est à cause d’eux que la France est dans cet état, alors la moindre des choses c’est qu’ils nous aident à reconstruire !

-          Ah ! Ils font moins les fiers ! Aujourd’hui !, dit à la cantonade, une voix dans le fond du wagon !

Du coup toutes les têtes se tournèrent vers le champ et des faces hilares se dessinèrent peu à peu, comme une « ola » dans un terrain de foot-ball. Le wagon ne fut plus qu’un vaste éclat de rire, auquel par contagion, Lisette et Sylviane s’associèrent tout d’un coup, comme emportées par cette joie du pays libéré. Que ce rire, était bon ! Oublié le politiquement correct, oubliés Angela Merquel, le mur de Berlin, l’Allemagne réunifiée bonne élève de l’Europe, l’euro, les Mercédès ou les BM , elles se laissaient aller. C’était mieux qu’en 1998 quand les bleus avaient gagné la coupe de foot. Le coq français chantait comme jamais, les pieds dans le fumier comme jamais aussi, mais il ne regardait pas ses pieds, il regardait droit devant, heureux de sa victoire ! Dans ce train qui remontait le long du Rhône, toutes populations mêlées, le rire avait pris le pouvoir. Se dégageant quelque peu de ses voisins qui se serrèrent un peu plus, un jeune ramena devant lui l’accordéon qu’il portait dans son dos et, se mis à jouer. « Ah le petit vin blanc ! Qu’on boit sous les tonnelles ! Quand les filles sont belles etc… ) Les voyageurs, serrés comme des sardines, ne pouvaient pas danser, mais un d’abord, puis deux, puis dix se mirent à chanter.

A pleine voix Lisette et Sylviane chantèrent elles aussi.

-          Il y a longtemps que je n’avais pas chanté de si bon cœur, dit Lisette

-          T’imagines pas ça dans le métro ou dans le TGV

Mortes de rire (Mdr)

La jeune femme s’étonnant de les voir chanter, leur dit :

-          Vous la savez aussi à l’étranger cette chanson ?

-          Ben ! On a la radio dit Sylviane avec à propos !

-          Vous pouviez entendre radio Londres ?

-          Bien sûr ! On y était à Londres, dit, prise d’une idée subite, Lisette

-          Ah ! Vous revenez de Londres ? Vous étiez des gaullistes alors ?

-          On peut dire ça oui, dit Lisette, en se rendant compte qu’elle s’avançait sur un terrain mouvant.  Les gaullistes ! De De Gaulle à Sarkosy il y avait une telle distance. Il valait mieux ne rien dire. Heureusement, elle fut sauvée par l’arrivée en gare du Teil………. A suivre

-           

 

 
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