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25/10/2010

e pericoloso sporgersi suite 5

E pericolos sporgersi

Chapitre 5

Dans les vorgines

vorgines s. f. pl.

Marécage herbeux ou herbu. Roseaux en bord de rivière.

 

Une fois rassasiées de leurs sandwiches, Lisette et Sylviane réalisèrent tout d’un coup,  qu’elles étaient vraiment dans la M… La nuit était tombée et le noir était vraiment noir. On voyait les étoiles comme elles ne les avaient pas vues depuis longtemps. Il faisait beau, heureusement ! L’air était un peu frisquet et elles durent sortir des valises les polaires qu’elles avaient eu la précaution d’emporter.

Le fleuve qui  coulait non loin de là, faisait bruire les cailloux qui roulaient sous le courant.

Un peu inquiétant tout de même, au point de les rendre silencieuses. Des buissons venaient des bruits suspects.

-          T’es sûr qu’il n’y a pas de serpent dit Lisette craintive ?

-          Bof ! Ils dorment, la rassura la courageuse Sylviane qui venait cependant de sortir son drap de bain pour l’étendre sur l’herbe

-          Heureusement qu’on a ça ! dit Lisette qui en fit autant.

-          Ah ! Dis Sylviane ! Il faudrait que je trouve un coin pour faire pipi. Ca commence à devenir urgent !

Elle se fraya un chemin dans les roseaux pour s’isoler un peu plus loin. A son retour, elle dit :

-          Ecoute ! C’est bizarre ! De ce côté, on dirait qu’il y a quelqu’un qui pleure. J’entendais renifler !

Tendant l’oreille, elles perçurent en effet des bruits de sanglots, comme quelqu’un se retenant de pleurer mais ne pouvant s’en empêcher !

-          Mince, alors ! Qu’est-ce que c’est ? On va voir ? Prends ta torche !

Prudemment, elles écartèrent les branches touffues.

-          Par là ?

-          Non, plus de ce côté, attention qu’il n’y ait pas d’eau ! Ah ! La barbe ! Je suis accrochée à une ronce !

Tout d’un coup, elles n’entendaient plus rien. Puis ! Un sniff… tout près d’elles  leur fit découvrir, dans le creux d’un saule, recroquevillée sur elle-même, la tête dans les bras et sur les genoux, une jeune fille toute seule, qui les devinant plus que les voyant, amorça un mouvement de fuite.

Elle paraissait vraiment terrorisée !

-          N’ayez pas peur, lui dit doucement Sylviane. On est des vieilles dames, on ne va pas vous faire de mal.

-          Vous vous cachez, vous aussi ou bien vous me cherchez ?

-          Pourquoi, on vous chercherait ? On ne vous connait pas ! Non, nous sommes venues ici pour dormir parce que le train que nous avons pris pour aller à Lyon, s’est arrêté en gare du Teil et ne repartira que demain matin. Nous voulions être tranquilles car à la gare c’est la cohue !

-          Ah ! Bon ! Mais ! Pitié ! S’il vous plaît ! Ne dites à personne que je suis là ! C’est l’horreur ! Ce qu’ils nous on fait !

Mise en confiance par leurs regards compatissants elle leur raconta son histoire :

-          Regardez ce qu’ils m’ont fait, sanglota-t-elle en enlevant le foulard qui recouvrait sa tête.

-           A la lueur bleutée de la torche elle leur dévoila un crâne entièrement rasé.

-          Mon Dieu ! S’exclama, Sylviane ! C’est la chimio ! Vous avez un cancer ?

La jeune fille la regarda d’un air interloqué ?

-          Un cancer ? Pourquoi ? Je vous ai dit : regardez ce qu’ils m’ont fait ! Eux ! Les salopards ! Les ignobles brutes ! Ils m’ont traînée dans la rue et devant tout le monde, ils m’ont tondue.

-          Tondue ?

-          Tondue, oui tondue ! Ils criaient : A la tondeuse, la pute du notaire ! T’en as bien profité, salope, maintenant c’est à toi de régler la note !

-          Pourquoi, ils disaient « la pute du notaire ?

-          Eh ! Bien ! Voilà mon histoire ! Elle est longue et triste.

Elle s’appelait Colette et elle avait 22 ans, elle venait d’un petit village des environs où elle avait épousé, contre l’avis de ses parents,  Roger, un beau garçon, dont elle était tombée éperdument amoureuse, un copain d’enfance qu’elle avait connu à l’école.

Il était brave homme, Roger, travailleur, il travaillait comme électricien, dans le bâtiment, mais malheureusement il ne crachait pas sur la bouteille, se laissant souvent entraîner par les copains. De plus il était jaloux et se faisait un tas d’idées, reprochant à sa jolie Colette la moindre des coquetteries.  Quand il rentrait, énervé et fatigué et  souvent imbibé, il devenait colérique et il avait souvent levé la main, sans la taper, mais en criant sur elle. Elle encaissait, trouvant cela injuste,  mais ne comprenait pas, car elle aimait son mari et lui était fidèle. Pour cela elle lui avait souvent pardonné, n’allant jamais se plaindre même auprès de ses parents qui lui aurait dit « On te l’avait bien dit ! ».

Quand la guerre arriva, mariée depuis un an à peine, c’est avec douleur qu’elle le vit partir sur le front de l’Est. Il fut fait prisonnier lors de la bataille des Ardennes et depuis il était quelque part en Allemagne. Elle avait eu une lettre, qui lui avait été transmise par un prisonnier évadé en 1942 d’un camp situé près de Dachau  où , semble-t-il, il était détenu.

Isolée, sans ressources, il avait fallu qu’elle trouve du travail.

Comme elle était avenante et habile elle fut engagée comme femme de chambre par Madame Colombet,  la femme du notaire. Une femme douce et gentille, contrairement à sa pourriture de mari. C’était un vieux cochon, qui ne cherchait qu’à s’enrichir quelles que soient les circonstances. Alors ! Il avait pris le côté des plus forts. Il était bien sûr Vichyiste. Il avait fait jouer toutes ses connaissances en place et il s’en mettait plein les poches en négociant les possessions de ceux qui étaient partis, les juifs, entre autres.

Colette, fut bien sûr engagée, avec l’accord du notaire, parce qu’elle était jolie. Elle accomplissait son travail avec conscience car elle était heureuse de faire plaisir à madame, mais son mari  le  notaire,  amateur de jolies filles et plutôt lubrique, lui tournait autour, compliquant sa tâche.

-          Monsieur ! Je vous en prie ! Je suis mariée ! Mon mari est prisonnier !

-          Viens ma belle ! Il n’en saura rien ! Je te ferais des cadeaux !

-          Non ! Monsieur ! Merci ! Je n’en veux pas ! Mon travail me suffit ! Madame m’attends !

Et elle s’esquivait, trouvant des excuses.

Le notaire devenait de plus en plus excité devant sa résistance. Elle n’osait pas raconter ses avances à la si gentille madame, alors elle rusait de plus en plus, mais un jour qu’elle dormait, le  vieux s’introduisit dans sa chambre et de force réussit à assouvir son désir. L’acte terminé, il lui dit : Si tu souffles un seul mot, je te fais accuser comme résistante et tu seras arrêtée.

Elle n’avait rien dit. Son tortionnaire avait renouvelé son acte plusieurs fois, lui rendant visite dans son lit, alors qu’elle était clouée et honteuse.

Un jour, pourtant, alors que son ventre s’arrondissait, elle lui dit :

-          Je crois que je suis enceinte ! Qu’est-ce que je vais faire ?

-          Sale pute ! Tu vas dégager ! Vite fait !

Puis, il réfléchit ! Madame ne pouvait plus avoir d’enfant depuis qu’elle avait fait plusieurs fausses couches. Ne serait-ce pas la bonne occasion d’un petit voyage en Suisse ?

Colette, n’y comprenait plus rien ! Terrorisée, elle en parla à sa meilleure copine, Josette, lui racontant toute l’histoire.

-          Tu en as bien profité du notaire, lui dit celle-ci ! Tu vas voir la tête qu’il va faire ton Roger au retour, quand il apprendra ça !

-          Non, je t’assure, je n’ai pas cherché, je me suis défendue. J’aime mon Roger et je n’ai jamais cherché à le tromper.

-          On dit çà ! On dit çà ! Mais ton notaire ! Il t'a bien gâtée!

Lisant dans les yeux de Josette ce que tout le monde allait penser d’elle, Colette rentra à la maison désespérée.

Madame l’attendait, avec un air grave. Apparemment elle était au courant !

-          Venez ma petite ! On va arranger ça !

Le séjour en Suisse dura le temps de la grossesse et de l’accouchement ! Madame revint avec un beau garçon dans les bras dont Colette fut la nourrice. Tous les notables félicitèrent Madame de son beau bébé. Le fils du notaire ! Un bel héritier.

 

24/09/2010

E pericoloso sporgersi Ch 2

L'autorail arrive en gare du Teil.... (voir ch 1 le 23 septembre 2010)

E pericoloso sporgersi

Ch 2

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-          Oh Là !La ! Vite ! On arrive ! Va falloir descendre !  Le bébé dans les bras, elle enfila son sac à dos, surplus de l’armée en toile kaki, pris de l’autre main un sac de toile d’où dépassait le biberon et où se trouvaient sûrement les « drapeaux », les propres et les sales.  Son mari, enfila un autre sac, pris les deux valises en cartons et, en étendant les doigts essaya désespérément de prendre en même temps la poignée du panier de la poule qui remuée se mis à piailler désespérément.

-           Donnez la nous ! On va vous la passer par la portière.

-          D’accord ! Allez ! Au revoir mesdames. Bon voyage et merci !

Dans le couloir tout trois se frayaient un passage à grand peine, malgré la bonne volonté des autres « sardines ». Ils arrivèrent sur la plateforme au moment où la micheline rentrait en gare et s’arrêtait à grand renfort de freins hurlants. L’accordéoniste avait rangé son accordéon, car il descendait aussi. Avec gentillesse et galanterie, il aida la jeune femme à descendre les marches en lui donnant la main. Son mari, posant ses valises sur le quai, s’approcha de notre fenêtre où Sylviane s’escrimait  à faire descendre la vitre grâce à une manivelle passablement  rouillée.

-          Adieu ma cocotte ! dit-elle, en passant le panier par la vitre baissée, tandis que madame poule roulait des yeux ronds.

-          Voilà monsieur, je pense qu’elle vous fera de bons œufs,  et bonne rentrée chez vous.

-          Faudra encore que je trouve du grain pour la nourrir ! On lui fera des pâtées avec du son. Bon ! Encore merci mesdames ! Bonne continuation ! Faites un bon voyage. Nous allons récupérer nos vélos dans le fourgon et on sera bientôt arrivés, encore qu’on va à Montélimar et qu’il faut qu’on prenne la traille, car notre pauvre pont n’est toujours pas reconstruit

Les deux femmes les regardèrent s’éloigner vers l’arrière de l’autorail où le chef de train distribuait les bagages stockés pour le voyage. Le jeune couple récupéra deux vélos. Les deux valises furent soigneusement arrimées sur le porte bagage du jeune homme, tandis que le bébé prenait place dans le siège en fer, à l’arrière de celui de sa maman. Le panier à poule fut attaché sur le cadre, reposant sur le guidon. En les suivant des yeux, après qu’ils aient marché sur le quai, elles les virent enfourcher leur vélo, le père d’une main, l’autre tenant la poule, puis disparaître vers leur avenir.

-          Ce bébé devrait-être à la retraite depuis au moins trois ans dit Lisette. Je me demande quelle vie ils ont eu, tous les trois ?

-          On ne le saura jamais dit Sylviane ? On a passé à côté de tant de gens dont on ne sait rien du tout !

Elles retournèrent s’asseoir sur les banquettes de bois dur, pendant que de nouvelles personnes montaient dans le train. Après s’être un peu aérée le temps de l’arrêt c’était de nouveau, la « boite de sardine ». C’était de nouveau un amoncellement de bagages hétéroclites, dans lesquels on était sûr de trouver de la nourriture. Pas de poule cette fois, mais deux cages à lapin. Sur les sacs à dos, des quart de fer blanc et dans les poches latérales des gourdes fermées.

-          Vous en voulez un peu, dit notre voisin qui venait de boire un petit coup, en essuyant le goulot avec la paume de sa main ?

-          Qu’est-ce que c’est, dit Sylviane ?

-          Du St Joseph ! Mon beau-père en  a une vigne sur les pentes là-haut, et il est pas mauvais ce petit vin.

Ce disant, ils les invita à se pencher pour voir sur les pentes des  coteaux  ardéchois, les lopins de vigne en terrasse. Oh ! Il n’en a pas bien grand, mais c’est suffisant car il a bientôt  La cinquantaine et c’est pénible de travailler ça.

-          Gouttons le, dit en aparté Lisette à Sylviane, c’est un vin qui coûte cher maintenant.

Sans remord elles burent une lampée de ce qui leur parut un délicieux nectar.

-   Mm… Il est bon !

-   Bof !  C’est un petit vin qui se laisse boire. Grâce à mon beau-père, on n’en a pas manqué pendant la guerre. Il avait planqué les fûts et le allemands n’ont pas réussi à les trouver. Il avait eu une idée de génie, il avait mis les cabinets dans la grange,  au-dessus du trappon de la cave et les blondinets n’ont pas eu l’idée et l’envie d’aller voir ce qu’il y avait sous le tonneau de merde !

Et il riait de cette bonne blague faite à l’occupant pour sauver un peu de vin français !

-  J’aimerais quand même bien boire un peu d’eau dit Lisette qui sortit de son sac, une bouteille d’Evian.

L’homme ouvrit de grands yeux.

-          C’est quoi cette bouteille ?

Merde ! Se dit Lisette ! C’est vrai que le plastique n’est pas tellement répandu à cette époque !

-          C’est du cellulo transparent ! C’est les Américains qui ont inventé ça pour les soldats ! C’est moins lourd dans le sac.

-          Ah ! répondit-il.

 Pas convaincu et tout d’un coup soupçonneux, il regarda plus attentivement ces deux femmes et s’aperçut  qu’elles  étaient bizarrement vêtues. Quel âge pouvaient-elles bien avoir ? Toutes deux plutôt bien en chair, surtout la plus petite qui semblait la plus âgée, elles ne paraissaient vraiment pas avoir souffert des restrictions. Elles étaient toutes deux en pantalon ! La plus agée, pantalon noir et corsage orné de tulipes bleues avec des brillants et la plus jeune, pantalon court et chemisier blanc !

-           Drôle de tenue ! Ces bonnes femmes ! Tu ne trouves pas ? dit-il en aparté à sa femme !

-          Ouais ! répondit-elle. Elles sont bizarres. D’où ça peut bien venir ça ? A mon avis ça sent le collabo !

Lisette, qui  voyait bien leur chuchotis, tendait l’oreille sans en avoir l’air et saisit au passage le mot « collabo ».

-          Aïe ! Ca craint ! se dit-elle tandis que Sylviane toute étonnée de ce qu’elle découvrait n’avait rien remarqué !

-          Dis donc ! Ca veut dire quoi  ce qui est écrit sous la fenêtre !

-          Ca ? Et montrant du doigt la plaque émaillée, elle lut :

-          E pericoloso sporgersi ? Regarde ! C’est en français dessous !

-          Ah oui ! Il est dangereux de se pencher au dehors !

-          C’est aussi en allemand « Nicht in hauslehnen !

-          Bon mais à propos de pericoloso, j’ai quelque chose qui m’inquiète. Je crois qu’on nous prend pour des collabos ! On a l’air trop riches et on n’est pas habillées comme les autres femmes de notre âge, avec des pantalons en tissus bizarres(moi la reine du polyester qui ne se repasse pas !). C’est ma bêtise avec ma bouteille d’Evian qui a attiré l’attention. Quelle idiote !

-          T’inquiètes pas ! dit Sylviane, on ne risque rien puisque c’est pas vrai ! On le dira à la police !

-          Dire quoi ? Tu vas montrer tes papiers ? Comment tu vas expliquer que t’es pas née et comment je vais leur faire croire que j’ai huit ans ? Moi j’ai envie de descendre de ce train et de trouver un autre moyen de locomotion !

-          Tu crois ? Du coup Sylviane devint inquiète à son tour ! T’as vu, le mec au St Joseph ? Il ne nous parle plus et il nous jette de drôle de coups d’oeils. T’as peut-être raison ! On descend à la prochaine gare. En attendant ! J’ai faim ! Tu veux un sandwich ?

-          Arrête ! Malheureuse ! Si ils voient notre bout de baguette bien blanche et notre jambon beurre, alors là ! On est cuites de chez cuites !

Le temps du ravissement commençait à s’estomper pour nos deux voyageuses. Les problèmes commençaient, il fallait réagir, et vite.

La micheline n’avait pas encore quitté la gare du Teil et, justement, dans le wagon des interrogations fusaient.

-          Ca fait plus d’une demie heure qu’on est là ! Qu’est-ce qu’il se passe ?

Le wagon se vidait petit à petit. Les gens descendaient sur le quai pour aller aux renseignements. …… A suivre

 

 

23/09/2010

E Pericoloso Sporgersi

Puisque nous sommes au temps où chacun raconte ses souvenirs de vacances, voici le voyage extraordinaire que nous avons fait, Sylviane et moi. Nous nous étions inscrites toutes les deux, dans une agence dont j'ai oublié le nom, pour un voyage surprise.

Voilà la surprise! Et ne me demandez pas comment nous sommes arrivées là, j'ai tout oublié. Pour mémoire, car c'est important j'ai (Lisette) 73 ans et Sylviane en a 63.

E Pericoloso sporgersi

Chapitre 1

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-          Dures ces banquettes, chuchote Sylviane à l’oreille de Lisette, en essayant d’appuyer sa tête sur le dossier de bois rigide et trop droit. J’ai mal au coccyx, pourtant nous sommes plus rembourrées que la plupart des gens autour de nous.

-          C’est vrai qu’ils sont tous plutôt maigres.

Autour d’elles, en effet, s’entassent toute une foule de voyageurs avec des valises, des paniers. Il y en a même debout dans les couloirs, pressés les uns contre les autres, que l’autorail ballote dans tous les sens.  Même la plateforme d’entrée est bondée. Dans l’étagère à bagages au dessus de leur tête, leurs deux « Samsonites », leurs sacs, dont celui de l’ordinateur portable de Lisette, détonent à côté des valises en carton bouilli, des sacs de toile et des paniers d’osier. Dans un de ceux-ci, la tête passée à travers un trou dans la paroi,  une poule cou nu tend une tête effarée.

-          Elle a pas l’air a l’aise la pauvre cocotte, dit Sylviane

-          C’est à nous, dit, à Sylviane et Lisette, une dame en robe à fleur, haut perchée sur des talons compensés en semelles de bois, qui se tient debout comme elle peut dans le couloir à côté d’elles. On n’arrive de chez de la famille, dans le Gard et on a  pu récupérer un poulet, du lait et quelques œufs et aussi un morceau de fromage. Ca commence à revenir, mais c’est pas encore ça.

Elle est jeune, belle et ses cheveux bruns très relevés devant, alors que sur l’arrière de la tête ils sont noués en un chignon rond, lui allongent délicieusement le visage. Sa robe fleurie, échancrée en V, laisse entrevoir une poitrine de jeune maman. Son mari, derrière elle, a une allure de maquisard, le béret crânement posé en biais sur la tête. C’est lui qui porte le bébé. Une bonne bouille baveuse et morveuse, avec une brassière tricotée et un bavoir mouillé. Tout à l’heure il avait avalé un biberon d’eau sucrée.

-          Il est sans  phtalates, celui-là, dit Lisette à Sylviane, en aparté !

-          Pur verre, bien gradué, avec une tétine en vrai caoutchouc. J’avais oublié

  Du fessier du bébé, revêtu de couches de coton blanc s’échappait une odeur significative.

-          J’aurais besoin de changer son drapeau, dit la jeune femme, j’ai tout ce qu’il faut, mais avec tant de monde je ne peux rien faire !

-          C’est quoi ? Il est où son drapeau ? dit Sylviane à l’oreille de Lisette qui retient un sourire.

-          C’est comme ça qu’on appelait les couches en coton. Tu sais, c’était des triangles, alors sur l’étendage, ça flottait au vent comme des drapeaux. T’en as eu toi aussi, sûrement !

-          Je ne m’en souviens plus du tout. Je crois que je mettais déjà des Pampers à Anthony

-          Je ne pense pas. Tu devais plutôt lui mettre des couches tenues par un triangle en plastique.

-          Maintenant que tu le dis ! Oui ! ça me revient. Mais c’était des trucs jetables.

-          Oui ! Tandis que cette jeune femme, il va falloir qu’elle fasse la lessive en arrivant !

-          Oh ! La pauvre ! la machine va tourner !

-          La machine ! Tu rêves. Ca n’existe pas ! Tout à la main ! Dans la bassine, à la brosse sur la planche à laver. Peut-être encore avec du savon fait avec de la saponaire.

-          Tu rigoles ?

Toutes les deux regardaient avec pitié cette pauvre maman avec son bébé « merdeux » qui allait se payer les drapeaux à laver en arrivant chez elle !

Et  pourtant, elle autant que lui respiraient le bonheur et la joie de vivre, la joie de se retrouver dans un pays libre, d’être tous les deux jeunes parents, d’avoir une poule et des œufs et un morceau de fromage.

-          On est bientôt arrivés, Le Teil, c’est la prochaine, dit la jeune femme à son mari. Passe moi Jeannot, tu t’occuperas des bagages , mais je ne sais pas bien comment on va sortir de là ! Essaye de ne pas coincer la tête de la poule, en sortant.

 

-          Si vous voulez, on vous aidera ! On peut vous la faire passer par la fenêtre la poule ?

 

-          Bien volontiers dit la jeune femme. Merci de votre aide et de votre bonne compagnie. Continuez bien, votre voyage. Vous allez où, au fait ?

 

-          A Lyon !

 

-          Ah bon ! Eh ben vous n’êtes pas encore arrivées ! Avec  toutes ces voies bombardées qu’il faut réparer. Les ponts pas encore reconstruits et puis le trafic des trains militaires et les gens qui recommencent à sortir de chez eux, les trains ne sont pas rapides ! Ils font des détours, ils attendent des heures pour que la voie soit libre. Pour descendre on a mis huit heures pour aller du Teil à Nîmes !

 

-          Eh ! Ben ! On va s’armer de patience !

 

-          Et vous ? Vous arrivez d’où ? Dis soudain la jeune femme

-          Nous ? Euh ? C’est une longue histoire ! On arrive d’un long voyage à l’étranger ! On rentre en France.

-          Vous étiez là avant  guerre ?

-          Moi ! Oui ! répond Lisette

-          Eh ! Ben ! Vous allez trouver la France changée ! Pauvre France ! Elle a passé des biens mauvais moments, mais ça ne fait rien ! C’est passé ! Ca repart petit à petit, mais on va tous s’y mettre, maintenant qu’on les a foutus dehors ces saletés de boches, ça va aller vite.

-          Et puis, ils nous aident, dit-elle avec un grand éclat de rire, en nous montrant la campagne à l’extérieur du train.

Dans un champ, le dos tourné, fourche  et râteau à la main, toute une alignée d’hommes vêtus d’une veste où les  deux lettres PG étaient bien visibles, travaillaient aux foins. PG : Prisonniers de guerre. Le paysan français qui les utilisait n’avait pas de fouet à la main, mais se contentait d’être sur son char à foin pour réceptionner et arranger les fourches de foin que les allemands vaincus lui tendaient. Pas de schlague ! Pas de kapo ! Ils travaillaient ensemble. Ces allemands, là n’étaient souvent que des anciens militaires de l’armée vaincue , mobilisés loin de chez eux pour essayer de défendre une folie et une  cause perdue et  qui, dans la débâcle de fin 1944, avait eu leur chance de survie en se faisant prendre  sur le chemin du retour vers l’ Allemagne dévastée, où le chaos les attendait. Un des PG flattait de la main le cheval qui avait l’air d’apprécier. Pour le cheval, la notion d’ami et d’ennemi n’était pas la même que chez les humains.

La vue de ces PG réjouissait beaucoup la jeune femme et son mari. Dans chaque français de l’époque perçait un sentiment revanchard.

-          C’est à cause d’eux que la France est dans cet état, alors la moindre des choses c’est qu’ils nous aident à reconstruire !

-          Ah ! Ils font moins les fiers ! Aujourd’hui !, dit à la cantonade, une voix dans le fond du wagon !

Du coup toutes les têtes se tournèrent vers le champ et des faces hilares se dessinèrent peu à peu, comme une « ola » dans un terrain de foot-ball. Le wagon ne fut plus qu’un vaste éclat de rire, auquel par contagion, Lisette et Sylviane s’associèrent tout d’un coup, comme emportées par cette joie du pays libéré. Que ce rire, était bon ! Oublié le politiquement correct, oubliés Angela Merquel, le mur de Berlin, l’Allemagne réunifiée bonne élève de l’Europe, l’euro, les Mercédès ou les BM , elles se laissaient aller. C’était mieux qu’en 1998 quand les bleus avaient gagné la coupe de foot. Le coq français chantait comme jamais, les pieds dans le fumier comme jamais aussi, mais il ne regardait pas ses pieds, il regardait droit devant, heureux de sa victoire ! Dans ce train qui remontait le long du Rhône, toutes populations mêlées, le rire avait pris le pouvoir. Se dégageant quelque peu de ses voisins qui se serrèrent un peu plus, un jeune ramena devant lui l’accordéon qu’il portait dans son dos et, se mis à jouer. « Ah le petit vin blanc ! Qu’on boit sous les tonnelles ! Quand les filles sont belles etc… ) Les voyageurs, serrés comme des sardines, ne pouvaient pas danser, mais un d’abord, puis deux, puis dix se mirent à chanter.

A pleine voix Lisette et Sylviane chantèrent elles aussi.

-          Il y a longtemps que je n’avais pas chanté de si bon cœur, dit Lisette

-          T’imagines pas ça dans le métro ou dans le TGV

Mortes de rire (Mdr)

La jeune femme s’étonnant de les voir chanter, leur dit :

-          Vous la savez aussi à l’étranger cette chanson ?

-          Ben ! On a la radio dit Sylviane avec à propos !

-          Vous pouviez entendre radio Londres ?

-          Bien sûr ! On y était à Londres, dit, prise d’une idée subite, Lisette

-          Ah ! Vous revenez de Londres ? Vous étiez des gaullistes alors ?

-          On peut dire ça oui, dit Lisette, en se rendant compte qu’elle s’avançait sur un terrain mouvant.  Les gaullistes ! De De Gaulle à Sarkosy il y avait une telle distance. Il valait mieux ne rien dire. Heureusement, elle fut sauvée par l’arrivée en gare du Teil………. A suivre

-           

 

 
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